lundi 19 janvier 2026

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Conduire une due diligence technique est nécessaire pour révéler la vraie valeur d’une entreprise

Par Cyril Ferey, operating partner chez I&S Adviser
Souvent non priorisée par le dirigeant et menée sous l’impulsion d’un operating partner dans le cadre du diagnostic opérationnel (OBR ou operational business review) lors d’opérations M&A ou de levées de fonds, la due diligence technique est bien plus qu’un simple inventaire technique ou une vérification de serveurs. Elle est un moment de vérité sur les perspectives de création de valeur et sur la capacité d’accélération réelle de l’entreprise.
Imaginez : vous êtes dirigeant d’une PME ou d’une startup florissante. Les chiffres sont bons, les clients sont au rendez-vous. Vous êtes sur le point de vendre ou de lever des fonds pour accélérer. Le banquier ou l’investisseur vous sourit, le business plan passe. Mais au moment de la due diligence, la question tombe : « Votre produit et votre équipe sont-ils réellement capables de soutenir la croissance que vous annoncez ? »
Pour finir de convaincre investisseurs et acheteurs, au-delà d’une analyse financière prometteuse, une question décisive se pose en effet : sera-t-il possible de réellement délivrer la croissance annoncée ? C’est souvent à ce moment que le doute s’invite et que réaliser un diagnostic de la structuration opérationnelle de l’entreprise incluant les actifs technologiques est fondamental.
Au-delà de la réussite commerciale et des équipes, la solidité d’une entreprise repose sur des fondations plus discrètes : à savoir, la modernité et l’interopérabilité du ou des systèmes d’information, la robustesse de l’architecture technique, la sécurité des données, la qualité du code, ou encore la cohésion de l’équipe technique. Or au début, il a pu être décidé, par exemple, de coder sans tests approfondis, de confier des responsabilités à un prestataire unique ou de négliger la documentation technologique afin de gagner du temps. Compte-tenu de la transformation digitale accélérée des marchés, prendre en compte cette dette technologique est fondamental pour savoir si, demain, la promesse formulée tiendra face aux défis du marché.

Une dette nécessaire… mais à rembourser

Tout chef d’entreprise expérimenté et tout operating partner vous le diront : un projet d’accélération (M&A, levée de fonds, etc.) nécessite de connaître, de comprendre et de tenir compte de la dette technique contractée par l’entreprise à ses débuts. Car comme toute dette, elle doit être remboursée sous peine d’accumuler des intérêts coûteux. Ce peut être une perte de temps sur la maintenance au détriment de l’innovation, des difficultés de recrutement en raison de technologies trop spécifiques, une dépendance excessive à une seule personne ou encore une flambée des coûts d’infrastructure.
Mener une due diligence technique, bien plus qu’un simple contrôle, va mettre en lumière une autre valeur de l’entreprise. Prise en compte lors de l’OBR, elle permet d’évaluer précisément le niveau d’endettement technique de l’entreprise, de vérifier sa capacité à tenir ses engagements et d’apporter aux investisseurs la preuve que ce « remboursement » est bien engagé. Elle va en effet bien au-delà de l’analyse de quelques lignes de code pour vérifier l’alignement entre la technologie et la stratégie business, la conformité réglementaire (RGPD, HDS ou DSP2/3) et dresser une cartographie précise du paysage technologique. Elle met aussi au jour des vulnérabilités dissimulées (requêtes trop gourmandes, architecture inadaptée au travail simultané, intégrations imbriquées, etc.). Cette démarche sécurise la trajectoire future et contribue à la pérennité de l’organisation. Elle révèle si l’entreprise est vraiment prête pour monter en puissance, ou si chaque nouveau client accroît aussi les risques.

Trois piliers plus un pour avancer

Pour garantir la valeur d’une entreprise et rassurer investisseurs ou repreneurs, l’operating partner s’appuie sur la due diligence technique afin regarder si trois piliers sont maîtrisés : la vision technique, la sécurité informatique, et la gouvernance des données.
Une roadmap formalisant la vision technique et l’alignant avec les ambitions et la stratégie de développement, montre la capacité de l’entreprise à anticiper et à structurer sa croissance. Si cette roadmap est comprise et partagée jusqu’aux équipes opérationnelles, elle devient un véritable levier de confiance.
En matière de sécurité, ce sont l’accès protégé, les données chiffrées et sauvegardées, et la conformité aux réglementations qui sont à vérifier – tout manquement pouvant entraîner sanctions, perte de réputation et destruction de valeur. Enfin, la gouvernance des données, avec des accès tracés et un plan de reprise après incident testé, assure que l’entreprise saura faire face aux imprévus.
Sans ces fondations, la promesse de croissance ou de pérennité s’effondre au premier incident majeur. En résumé, la valeur d’une entreprise ne repose pas uniquement sur sa réussite commerciale, mais surtout sur sa capacité à prouver la robustesse de ses fondations techniques et son sérieux dans la gestion des risques.

Avant tout une occasion d’apprendre

Une due diligence technique pertinente ne se limite pas à pointer les failles mais sert à ouvrir un dialogue. C’est un processus exigeant mais aussi profondément constructif, à condition de l’aborder avec sincérité. Bien loin d’être un examen froid et mécanique, elle repose sur des femmes et des hommes qui ont bâti, maintenu et porté l’entreprise. Et c’est souvent dans cette rencontre entre la technologie et l’humain que l’on trouve les clés de l’avenir, une équipe capable de reconnaître les dettes techniques contractées, de partager ses difficultés, et de construire ensemble un plan d’amélioration réaliste et durable.
Mieux vaut affronter sans détour l’image réelle de son entreprise, avec toute sa complexité et ses failles, pour ensuite en corriger les erreurs et préparer la suite, plutôt que de laisser le couvercle fermé en espérant que tout s’arrange de lui-même. Croyez-moi, cela n’arrivera jamais.

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