Derrière des indicateurs de fraude historiquement bas, le système financier français est confronté à une transformation profonde et souvent sous-estimée du risque. Moins visible, moins volumique, la fraude est désormais plus coûteuse, plus immédiate et irréversible. C’est le constat majeur du nouveau Panorama de la fraude en France dédié aux services financiers, dévoilé par Oneytrust. Ce panorama 2026 est réalisé à partir de données publiques françaises et européennes croisées avec des données Oneytrust et analyses issues d’usages réels.
Des taux de fraude historiquement bas, mais une exposition financière persistante
Selon l’Observatoire de la Sécurité des Moyens de Paiement (OSMP), les pertes totales liées à la fraude aux paiements atteignent 1,189 milliard d’euros en France en 2024, un niveau quasi stable depuis 2022. Dans le détail, la fraude par carte bancaire continue de reculer pour atteindre un plancher historique de 0,053 % en valeur, soit 53 euros de fraude pour 100 000 euros de paiements. Cette amélioration des ratios masque toutefois une réalité plus structurelle : la fraude n’est plus une question de volumes, mais d’impact, chaque incident entraînant des pertes plus importantes et plus difficiles à récupérer.
Paiements instantanés : la compression du “time to intervene”
L’un des principaux moteurs de cette mutation est la diffusion rapide des paiements en temps réel. En France, 10 % des virements sont désormais instantanés (OSMP 2024), tandis que les portefeuilles mobiles représentent 15 % des paiements par carte en point de vente.
À l’échelle européenne, les données publiées conjointement par l’EBA et la BCE confirment l’ampleur du phénomène :
- La fraude totale atteint 4,2 milliards d’euros en 2024, contre 3,5 milliards en 2023
- La fraude sur les virements de compte à compte représente 2,5 milliards d’euros, en hausse de +24 % sur un an
- Cette bascule se traduit par un écart spectaculaire dans les pertes unitaires :
- la perte moyenne s’élève à environ 80 euros pour une fraude carte, contre 2 252 euros pour une fraude par virement bancaire
La fraude par manipulation devient centrale dans le paysage français
Une autre évolution majeure tient dans la montée en puissance de la fraude par manipulation (ex: escroqueries, usurpation d’identité, ingénierie sociale). Après plusieurs années de forte croissance, elle s’est stabilisée à 32 % de la valeur totale de la fraude en France, représentant environ 382 millions d’euros en 2024.
Ces fraudes reposent sur un même constat : les victimes s’authentifient volontairement, convaincues d’agir dans un cadre légitime. Les mécanismes de SCA ou de 3D Secure restent efficaces contre le vol d’identifiants, mais se révèlent inopérants face à la manipulation psychologique.

